Réunion du 5 décembre 2016

Introduction

Tracer des perspectives en tirant les fils du travail de Bernard Stiegler

Présentation

  1. Présentation d'Hélène

Pour commencer, j'ai eu envie de dire un mot des écueils sur lesquels on peut buter lorsque l'on essaie de lire Bernard Stiegler. Je pense en effet qu'il ne faut pas se voiler la face sur le fait que c'est un auteur difficile d'accès, mais que ce qui est intéressant avec la difficulté, c'est de l'affronter de face, de façon aussi à pouvoir se rassembler autour de cette pensée, et déjouer des clivages qui pourraient paraitre élitistes. Pour ma part, j'en identifie trois :

1) Le « jargon » stieglerien et la surcharge cognitive qu'il entraine : B.Stiegler est philosophe, et à ce titre construit un système de pensée, ce qui implique le recours à de nombreux concepts. Certains sont hérités et revisités, d'autres sont construits et créés. Le résultat est qu'on peut vite se sentir noyé, un peu comme lorsqu'on lit un livre en langue étrangère qui nous demande de trop nombreux recours au dictionnaire. En effet, un « vocabulaire d'Ars Industrialis » avec des définitions existe, mais devoir y recourir trop souvent brise le fil de la lecture et rend cognitivement difficile d'intégrer les concepts au fur et à mesure.

Face à ce possible découragement, deux remarques :

- le « jargon », le recours à des concepts et leur création, est quelque chose d'indispensable. C'est une manière de porter la réflexion au-delà du niveau individuel, et plus encore dans le cas qui nous occupe, une voie nécessaire pour penser la réalité hors des voies conventionnelles, des discours convenus, des termes à la mode. Car la façon dont on nomme les choses détermine le regard que l'on pose sur la réalité. Vouloir poser un autre regard implique donc bien souvent de nommer les choses autrement.

- que faire alors ? Ce que nous faisons ici, travailler collectivement à cette lecture, afin de mieux se l'approprier. Mais aussi, de façon plus pragmatique, ne pas craindre de s'autoriser à « zapper » quelques concepts dont on ne ressent pas le besoin immédiat. Identifier petit à petit les concepts «fondateurs » chez Stieger (par ex. pharmakon, ou d'autres qui se trouvent dans le Manifeste), commencer avec ceux-là. Ne pas avoir peur de lire Stiegler sans tout comprendre, pour gagner en fluidité de lecture, garder le fil plutôt qu'abandonner.

Autre conseil : écouter Stiegler, via des vidéos, parfois plus accessibles (mais ceci concerne plus son style, son ton).

2) Une 2e difficulté peut être le « niveau » d'analyse auquel B.Stiegler/le Manifeste d'A.I. se place selon les moments : on passe parfois sans réelle transition d'un propos philosophique global, donc abstrait, à quelque chose de plus politique, qui porte sur le « que faire » ? Ce sont des textes qui intègrent, de façon parfois désordonnée, la philosophie comme projet, ligne de mire, horizon d'attente, et la proposition d'action, d'engagement, de changement de la réalité de terrain. Lorsque l'on est un peu perdu, resituer ce qu'on lit à l'un ou l'autre de ces niveaux, voir comment ils s'articulent, peut aider à reconstruire le sens.

3) Dernier problème, intéressant à soulever mais qui se résout au cas par cas : Stiegler a un côté un peu « visionnaire », prophétique, qui se traduit parfois par des « effets » dans le texte. J'entends par là que, pour marquer les esprits, il sacrifie parfois une partie de l'argumentation, un lien cause-conséquence. De temps à autre, il y a donc des éléments implicites à retracer. Pour traiter cela, le mieux est encore aussi le collectif, puisque ces « gaps » sont autant de portes d'entrée dans un échange.

Quant au fond, j'ai envie de parler de ce qui a été « ma » porte d'entrée dans le travail de Stiegler, ce qui en premier lieu m'a séduite : l'idée de « prendre soin » (cf. une de mes premières lectures « Prendre soin de la jeunesse et des générations »).

Mais s'il faut « prendre soin », c'est que nous allons mal, et cela pose d'abord la question du diagnostic : Pourquoi allons-nous mal ?

B.Stiegler parle, pour décrire notre monde, de capitalisme pulsionnel. Le capitalisme, via le marketing particulièrement, vise à instrumentaliser notre désir et à le détourner vers les marchandises. Le désir est quelque chose que l'on diffère, voire que l'on sublime. La pulsion par contre, est un passage à l'acte immédiat. C'est elle qui est requise pour faire fonctionner le capitalisme. Cela implique de capter notre attention, au sens de la distraire, voire de la supprimer : nous rendre incapables d'attention afin que nous agissions de manière pulsionnelle...et en conséquence, addictive. Or l'addiction est une souffrance : celui qui en est victime n'est plus capable de prendre soin ni de lui-même, ni des autres et du monde qui l'entoure.

On voit bien là tous les enjeux sur le terrain du capitalisme comme empire de la consommation, avec ses enjeux économiques, mais aussi écologiques et, comme on l'a vu, son cout psychologique et donc social.

Une autre notion qui me tient à coeur, c'est celle de prolétarisation, et de bêtise systémique. La manière dont Stiegler parle de la prolétarisation n'est pas neuve (Marx?), mais ce qu'il apporte est la façon dont la notion s'articule avec celles de capitalisme pulsionnel et de bêtise. La prolétarisation, c'est « le processus par lequel un savoir individuel ou collectif, étant formalisé par une technique, une machine ou un appareil, peut échapper à l’individu – qui perd ainsi ce savoir qui était jusqu’alors son savoir. ». Il s'agit donc d'un processus de désapprentissage. Cette prolétarisation a donc pour effet le développement de la bêtise, qui devient systémique….et vient parfaitement alimenter la machine du capitalisme pulsionnel (rien ne vient plus l'enrayer). Il faut donc viser à une « déprolétarisation », qui consiste en une reconquête de la maitrise de la technique (dont le numérique, cf. Jean-Claude), du savoir et donc de la responsabilité, de la maitrise des choses. Il y a là un lien possible avec les questions d'enseignement et d'éducation qui m'intéresse particulièrement.

Dernier point, qui est aussi un lien entre « pourquoi nous allons mal » et « capitalisme pulsionnel », l'idée de la jetabilité : pour que le capitalisme fonctionne, il faut consommer. Pour consommer, il faut du jetable, qui permet de perpétuer les comportements addictifs, de re-consommer sans arrêt. L'idée de Stiegler, que je partage, est qu'à force de vivre dans un monde ainsi normé, les relations sociales et humaines sont elles-mêmes affectées : l'individu n'étant plus en mesure de prendre soin de lui, il devient lui-même « jetable », se perçoit comme tel. C'est une autre porte d'entrée pour la perte du soin, la destruction de l'attention, portée à soi et aux autres.

2. Présentation de Raymond

Depuis le XVIIIe siècle, la plupart des avancées sociales furent « révolutionnaires » dans une acception générale, c’est-à-dire des modifications profondes de la société. Grosse accélération au XIXe avec l'industrialisation qui va profondément modifier la relation de l'homme à son environnement et il va, paradoxalement, être moins productif de son être (la machine va le faire disparaître en tant qu'acteur de son travail) et plus prédateur de son environnement (les retombées technologiques vont sacrifier la nature). Les conditions de travail, la durée du travail, le travail des enfants ont toujours été des événements majeurs. Par la suite le débat éthique dans la deuxième moitié du XXe a permis de maintenir cette notion de bouleversement. Le contrôle des naissances, l’avortement, l’euthanasie font partie de cela.

Actuellement, les grands chantiers restent la condition de la femme (qui n’est encore que théorique) et qui doit être envisagée en tant que disparition du critère de genre plutôt qu’en termes d’égalité, la nouvelle pauvreté (les protections qui doivent y être apportées et les conditions de migration qui y sont liées), une nouvelle réflexion sur le numérique et une imagination d’un monde post-capitaliste.

Le combat écologique ne peut malheureusement pas être reconnu comme révolutionnaire dans la mesure où il est la condition sine qua non de notre simple existence future.

On le voit, ce n’est pas une lecture quantitative qui nous permettra de situer le taux d’avancement des combats à mener.

D’autre part, nous assistons à une régression sociale due à la réorganisation du capitalisme et du capitalisme financier (qui est sa nouvelle déclinaison). Cette régression est le fait direct d’une tension nouvelle sur les conditions de productions mais également sur une tension due à la réorganisation politique qui y est liée : l’austérité passe par une vision sécuritaire qui ne sert qu’à amplifier la main mise d’une forme d’état sur les citoyens via un processus policier qui se durcit de jour en jour.

La résistance, obligatoire et essentielle, à ces modifications n’est évidemment pas porteuse de rêve. L’utopie est remplacée par le maintien d’une situation acquise qui se détériore si nous n’y prenons garde. Mais peut-on capitaliser un mouvement sur le simple maintien d’une situation, certes meilleure qu’auparavant, mais contraignant les citoyens à une acceptation de la situation actuelle, en empêchant par là-même l’amélioration qu’elle a générée pour advenir ?

Le jour où la stagnation est devenue un progrès, nous avons perdu l’espoir. Peut-être d’ailleurs l’avions nous déjà perdu avant si nous nous sommes satisfaits des avancées enregistrées. Etre content de ce qu’on a est déjà perdre l’espoir puisque ce dernier est une attente d’une modification positive ultérieure, d'un progrès. L’homme qui a tout est donc désespéré. En se battant pour maintenir ce qu’on a, on atteste de notre satisfaction (la condition d’être satisfait, c’est-à-dire empli de ce que l’on veut) et on abdique par rapport à une embellie complémentaire. Pour soi d’abord, pour les autres ensuite. La notion d’égalité s’estompe, le repli sur soi s’impose, et dans une dynamique intermédiaire, le communautarisme (en ce qu’il est la simple projection de soi sur ses proches) devient un moteur de référence d’une stagnation satisfaisante.

Cette "satisfaction" vise le cadre de vie bien entendu. Cela n'empêche évidemment pas de nourrir un appétit inutile et "extra-ordinaire" (au sens premier) pour une accumulation insatiable de produits, seule capable d'assurer un avenir au capitalisme (c'est un retour à une réflexion sur les algorithmes et à une théorie des besoins générés artificiellement).

Il nous faut retrouver l'utopie. Les envolées, le rêve. Retrouver le soleil. Construire des chemins vers demain.

Les dernières utopies: la révolution française, la Commune, les phalanstères, l'anarchie, la révolution soviétique, la république espagnole, peut-être Marinaleda.

Nous manquons de possibilité de changement or le "modèle à suivre" n'est pas un "modèle à changer". Devenir comme le voisin, réussir en vertu de la norme ne sont pas des objectifs mais de simples clonages. Réfléchir la société, non pas pour asseoir les images de réussite en se basant sur des golden boys mais en se référant uniquement à ceux qui sont à la marge, à ceux qui ne profitent pas du confort qui reste. Une société se définit par les mesures qu'elle prend pour permettre à chacun de trouver sa place. Le cas des migrants devient exemplaire et un combat général.

Mais pour cela il faut faire attention, il faut prendre soin.

Peut-être, en termes sociaux, l'importance pourrait être mise sur la pauvreté qui réapparaît. En fait elle se voit via les migrants qui importent leur pauvreté initiale (et celle-là n'est donc pas nouvelle, elle n'est que nomade) et la paupérisation des citoyens autochtones due aux effet de ce qu'il est convenu d'appeler la crise mais dont nous savons qu'il n'en est rien et que si nous y trouvons donc des réponses, nous ne retrouverons pas la situation antérieure que nous pourrions considérer parfois comme meilleure.

Cette néo-pauvreté est directement liée, dans sa compréhension, à la logique consumériste dans laquelle nous nous débattons. Nous ne parlons plus de bonheur, mais bien de possession. Le pouvoir d'achat qui a été vendu comme un objectif, cette aberration, en est un des exemples les plus frappants.

Or le bonheur de tous alimente le bonheur de chacun quand il ne s’agit pas d’accumuler.

Mais là aussi il faut faire attention. Le bonheur commun n'est pas nécessairement un allié. Si le progrès de l’humanité induit l’utopie, le bonheur de l’humanité n'a pas du tout cette exigence. Le bonheur, dans certaines de ces acceptions peut très bien se satisfaire d'une société non-solidaire, de conforts frelatés, de libertés exigües, d'inconsciences et d'OGM. Ce n'est qu'au moment où le bonheur fantasmé (par manque de définition il l'est toujours) est lui-même attaqué que les prises de consciences peuvent se faire. Il est urgent à ce moment d'être des semeurs d'alerte.

"Chacun de nous – quels que puissent être ses dénégations ou ses aveuglements – est plus ou moins devenu un consommateur à la fois dépendant et malheureux." (Ars Ind) Mais les aveuglements sont d'importance.

Pourtant la disparition de la pauvreté bénéficie aussi aux franges les plus proches (limitrophes) en ce sens qu'elle fait de son voisin un contributeur et un bénéficiaire des échanges possibles qui disparaissent avec cette pauvreté. Echanges monétaires et financiers (les pauvres ne consomment plus comme avant - et nous parlons ici de consommation minimale comme la nourriture, le logement, les loisirs), mais également échanges culturels, du simple voisinage à des activités communes, qui se dégradent jusqu'à ne plus exister dans le dénuement. Le territoire disparaît au profit de la solitude, dont une des notions se retrouve également dans l'individualisation, le repli sur soi, de toute une génération de l'égoïsme dans une vision apparemment moins dramatique.

Sans passer par une relance par la consommation, l’équilibre sera un moteur pour les moins nantis. Et là nous parlons des 99% qui n'émargent pas au miracle capitaliste basé sur une croissance exponentielle de la consommation à outrance. Pourtant, pour ces 99%, dans l'hypothèse où il est possible, l’enrichissement par les biens de consommation augmente la dette et donc la précarité. Ce pourrait être une raison de ne pas y répondre.

L’enrichissement par l’augmentation du confort entraîne lui le bonheur. Reste à définir ce "nouveau confort" expurgé de ces artifices esthétiques accaparés par le pouvoir économique, pour reprendre le terme de Stiegler.

Il ne sera possible d'amener l'idée-même d'abandonner les conforts générés par les algorithmes au grand bénéfice des producteurs qu'en inventant de nouveaux conforts. La prise de conscience se fait, mais, ... très lentement. La peur de l'extinction de la manne "terre" n'est pas encore assez forte pour qu'on puisse se détourner des "bienfaits" de l'affaiblissement de la planète. On veut bien commencer ( à condition de ne pas être tout seul) à consommer moins de pétrole, moins d'arbres, moins de viande, moins d'énergie atomique mais le passage à l'abandon des énergies fossiles, à l'arrêt de la déforestation, à l'utilisation exclusive de l'énergie verte, en ce sens qu'elle est la seule alternative à un abandon de nos mauvaises habitudes (freiner n'est plus suffisant) n'est pas encore à l'ordre du jour. La révolution sera encore citoyenne ou ne sera pas.

Tout étant entremêlé, avec l'impossibilité de segmenter les éléments, on en arrive à cette "loi" qui ramène aux praticiens et aux théoriciens, inséparables eux-aussi, dans une approche globale des problématiques, dans une problémation (définition de ce qui fait problème) objective.

Théoriser sa pratique, c’est innover, créer, découvrir par empirisme. Mais c’est aussi redécouvrir ce qui est et donc comprendre ou faire comprendre (c'est vulgariser).

Des pistes au quotidien existent: les zones sans voiture, les monnaies locales, les légumes perdus, l'habitat groupé, les jardins partagés, le retour de métiers artisanaux (ceux qui sont antérieurs à la révolution technologique et qui portent encore la trace de la main de l'homme - dixit Stiegler), les expériences d'autarcie, les coopératives, les re- créations esthétiques (sans fonction - toujours Stiegler) par une prolifération d'art gratuit. Des moyens de ré- appropriation plus que des solutions globales mais dans une réflexion globale. En bref, reprendre la manivelle, ... et la faire tourner.

En privilégiant la logique de partage dans un milieu associé. Retrouver dans des pratiques de vie la néguentropie (la nouveauté, l'innovation)générée par le développement et le partage de savoirs et aboutir en cela à ces nouveaux conforts capables de gommer les facilités factices des chemins tout tracés.

Pour éviter que le corps se substitue à la conscience dans une logique de consommation effrénée dictée par les médias.

Le culte de l'instant efface le futur. Et c'est pourtant de demain qu'il s'agit.

Pour suivre Stiegler, il faut modifier le devenir en avenir: redonner un sens esthétique et donc redécouvrir l'art gratuit. Il le dit aussi: " Il y a une voie. Je ne la connais pas mais elle existe indubitablement ". Voilà l'objet de la recherche.

Mais cela passe par une analyse précise de la situation actuelle qui n'est pas néguentropique, qui est encore engoncée dans les dysfonctionnements du système.

Peut-être est-ce le moment d'en revenir à des logiques quantitatives en parallèles des approches qualitatives.

Dans entropie, il y a "en trop". Cela peut-être trop d'éléments qui amènent aux dysfonctionnements mais cela peut aussi être trop d'effets des dysfonctionnements.

Dans anthropie, bien sûr il y a l'homme, mais il y a aussi "trop" d'hommes, (bien que l'approche démographique ne soit pas une question de nombre pour Hervé Le Bras) et dans une logique de développement il y a trop "d’homme" (éléments dus à l’homme) et nous sommes dans le qualitatif: "c'est l'hominisation de la terre".

Le problème c’est peut-être le « trop peu » : trop peu de rêve. Il n’y a plus d’utopie : je le répète, la stagnation devient l’objectif.

Les technologies étant des pharmacologies, en même temps remèdes et poisons, essors et freins, bien-être et dépendance, il nous faut donc prendre soin de notre environnement en ce sens, et peut-être suivre Pier Paolo Pasolini: "lI ne faut pas craindre d'être intégré. Le système intègre toujours. Une fois intégré il faut se révolter à nouveau. Ceux qui manifestent une attitude critique constante ne seront jamais vraiment intégrés. Ils seront seulement formellement intégrés." Sortir du côté mortifère des solutions pour réactiver l'embellie.

Définir à nouveau le bon, le beau, le juste.

L'avenir ne passera pas par des régressions. Pas d'âge d'or à rêver ou à regretter, prendre en compte le passé mais ne pas l'entrevoir comme solution. Le passé nous permettra peut-être de vivre mais pas d'exister. Nous devons chercher de nouvelles reconnaissances, éventuellement en développant de nouvelles connaissances. Nous sommes des connaissants. Et ceci inclut des pratiques, mais aussi des recherches. Se réapproprier des savoirs pour découvrir des nouveaux horizons. Les technologies peuvent redevenir des outils plutôt que des maîtres.

Nous vivons une recrudescence des intégrismes. Intégrismes religieux (ce sont les plus visibles ou les plus mis en exergue) mais intégrismes économiques aussi. Il est également un dieu argent : même dogmes, mêmes appétits, même irrationalité : le capitalisme recherche ses sephirot.

Pour en revenir à la question de base concernant le manque d’utopie, peut-être pourrions-nous la trouver dans une dissociation entre le travail, l’emploi et la rémunération.

Utopie, parce qu’on en est loin. Utopie parce que cela demandera patience, effort et ténacité. Utopie parce que c’est la société qu’il faut repenser.

Tout le système est basé sur une production faisant pression sur le travail, lui-même garantissant l’emploi amenant une rémunération permettant de vivre et étant calculée par rapport à un « niveau de vie », une capacité d’achats. La diminution du travail classique par l’automatisation et la numérisation, l’affaiblissement d’une logique de production pour garantir les investissements font que ce dernier se restreint. Et que l’emploi disparaît. Accroissement du chômage, diminution de la prise en charge de ce chômage par les sociétés néolibérales, réapparition de nouvelles pauvretés et éclatement des standards culturels. Réinventer le travail donc dans ce qu’il peut être un apport à la vie en société, mais surtout repenser la rémunération. L’allocation universelle peut être une piste en la demeure. Le risque de voir s’effondrer la masse active devrait être compensé par l’apparition de nouveaux conforts de vie sociaux. Et si des pénuries devaient à apparaître, elles seraient probablement plus facilement comblées que la déperdition de moyens dans le cas d’un maintien de la situation actuelle. Il est plus facile de se remotiver pour trouver ce qui manque que de courir après un emploi qui n’existe plus. Allocation calculée, bien entendu, sur l’ensemble des besoins et non sur une évaluation du travail fourni. Ce ne serait pas une dissociation et cela n’amènerait pas le résultat espéré.

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Compte-rendu

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Commenté le lundi 19 décembre 2016 à 09:27 par La Manivelle

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