Réunion du 26 octobre 2016

Présentation

Le monde est un village. On achète son gsm à New-York, son bouquin à Paris, son costume à Bangkok. Les autoroutes sont celles de l’information, les routes commerciales sont numérisées. En termes de marché, les circuits courts ont été remplacés par des courts-circuits.

Le monde est un village ou plutôt un supermarché. Une véritable grande surface donc.

De même, les guerres tribales qui ont confectionné l’histoire se sont déplacées et les conflits se mènent à l’autre bout de la planète. Les dégâts collatéraux sont supportés par d’autres. Tous bénéfices.

Et tous ces chambardements facilitent les voyages. Mais pas rien que pour les vacances et les découvertes culturelles.

Les populations se déplacent quand elles ne sont pas déplacées. Les émigrés d’hier qui quittaient leur chez-soi, les immigrés qui en trouvaient un autre se justifiaient par les lieux de départ et d’arrivée. Les migrants, eux, sont justifiés par le déplacement, le chemin. Ils n’ont donc pas de points d’accueil, ni bon, ni mauvais. Ils quittent nulle part pour se trouver nulle part ailleurs. Et les perspectives sont donc quasiment nulles.

Tout cela génère de nouveaux esclavages pour ceux qui sont reconnus (travail à des salaires théoriques, main d’œuvre taillable et corvéable comme au bon temps des colonies, même si on n’a plus besoin de s’expatrier pour en bénéficier), des nouveaux camps de concentration (les camps de réfugiés dans les pays limitrophes mais aussi les centres fermés chez nous) pour ceux qui sont en instance théorique de reconnaissance ou d’expulsion et la dérive clandestine pour tous les autres.

L’humanité se déshumanise. Comme le marché par le numérique. Comme la culture par les algorithmes.

Dans une logique de concurrence, on organise aussi celle entre nos pauvres et ceux qui viennent d’ailleurs. Mais on ne tente plus d’éradiquer la pauvreté. Les untermenschen sont de retour.

Repenser le monde, c‘est aussi repenser ses habitants. Aux concepts racialistes, il faut se garder de les remplacer par des concepts économistes.

La logique dans la société organisée est à la diminution de la démocratie (au bénéfice de la loi du marché) de la liberté (au bénéfice de la sécurité), de la citoyenneté (au bénéfice de l’oligarchie). Pour ceux qui sont de plus à la marge il n’existe plus rien et ils doivent donc se battre pour d’abord exister. C’est la vie qui est devenue illégale.

Dans une structure étatique qui a abandonné le tout à l‘état pour entrer dans le tout au négoce via les privatisations, il n’y a pas de solution. La seule reconnaissance passe par le servage.

Les seules actions possibles réelles sont le soutien aux démarches. Pour se faire reconnaître, pour obtenir des papiers, pour accéder à de véritables emplois. Pour faire reconnaître l'être humain en somme.

Une réflexion sur l’emploi versus le travail pourra peut-être revisiter cette logique mortifère. Le développement de microprojets alternatifs aussi. A la condition qu’il n’y ait pas de chasse aux clandestins, que les reconnaissances soient effectives.

Une fois de plus, c’est l’opinion publique qui pourrait faire la différence. Malheureusement, une fois encore la mobilisation de cette dernière n’est pas à l’ordre du jour. La crise qui touche tout le monde semble avoir anesthésié l’ensemble de la population. Ceux qui sont déjà durement touchés et qui sont en phase de destruction (seuil de pauvreté, paupérisation familiale), ceux qui ne le sont pas encore « assez » et qui « espèrent » que rien ne s’aggravera.

Il est urgent de développer les pratiques de diffusion du « faire attention ».

Une fois de plus le politique ne semble pas avoir trouvé une solution, parce que, essentiellement, il ne la cherche pas: les avantages sont plus nombreux que les inconvénients. Les enjeux sont humains, peut-être les solutions aussi, c'est-à-dire citoyennes.

Je garde en mémoire ces Français qui se mettaient hors la loi pour héberger des illégaux. Mais un peu plus loin dans le temps, autre circonstances mais mêmes effets, les réfugiés de la guerre d'Algérie qui étaient soutenus, défendus, cachés par des avocats (je pense à Serge Moureaux par exemple). La solution est venue d'engagements personnels.

Aujourd'hui, des associations comme SOS Migrants sont des pôles de résistance.

Il s'agit de démonter les rouages d'une société qui ne s'inquiète plus de ses membres, de dépecer le système économique et, par-delà, le travail, de repenser la culture comme moyen d'appropriation et d'insurrection.

L’analyse nous conduira probablement à nous réarmer personnellement. Cela reste l'objectif premier. Sans étude des moyens, sans analyse des rouages, sans prise de conscience, il n'y aura pas d'ouverture de pistes. La conscience ne se partage pas. Mais l’objectif est quand même de sensibiliser le plus grand nombre. L’action sur le terrain est donc essentielle en parallèle ou en marge de notre existence manivelienne. Dans un premier temps, il faut réunir autour de la table des praticiens. C’est le boulot qui nous attend.

Raymond Kestemont

Compte-rendu

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