Réunion du 22 février 2016

Présentation

Réponse - Hélène

Réaction au texte de Renaud – Hélène

Ce qui m'intéressait dans cette posture de "répondant" – en dehors du fait que c'était mon "tour" – était précisément la question de la légitimité, au sens où l'art est un domaine que je maitrise mal, que j'ai tendance à percevoir comme "excluant" voire "exclusif", et par rapport auquel je ne me sens aucune légitimité.

Cela s'est marqué par deux réflexions :

1) le sentiment premier, après lecture, de n'être capable de rien dire sur ce sujet, sur ce que Renaud évoque. Cette réaction boucle la boucle de la légitimité, en soulevant la question de "que faire avec ça ?" ; "comment changer ça ?". Comment faire pour que nous puissions tous, chacun, nous sentir suffisamment légitimes et capables pour participer à des débats ou des réflexions dans des domaines qui ne sont pas les nôtres. Comment faire pour "apprendre à avoir quelque chose à dire", quand le premier ressenti est "je ne peux rien dire sur ce sujet" ?. Je pense que c'est précisément ce type de travail qui nous réunit à la Manivelle, précisément pour cela que nous sommes là, mais qu'il nous reste encore beaucoup de travail à abattre sur le "comment".

2) L'autre lien que je fais avec la question de la légitimité concerne l'évènement qui est raconté, cette pièce de théâtre interrompue par "des citoyens". Mon sentiment est que Renaud, lorsqu'il parle de "prototype de l'oeuvre idéale", ou de "moment magique", voit la situation comme une forme de rencontre entre les comédiens et leur public. De mon côté, en tant que "simple spectateur" potentiel, la scène me donne au contraire le sentiment d'un "entre soi", dont les spectateurs sont exclus. Il est d'ailleurs très peu question des spectateurs non-intervenants, et on voit que parmi eux, certains ont une réaction négative. Leur réaction négative, on peut l'interpréter comme une forme de conservatisme ("sacralité du théâtre"), mais qui n'est qu'à demi plausible vu le type d'oeuvre présentée. On pourrait aussi y voir un sentiment d'exclusion : ils sont venus voir une pièce de théâtre, leurs motivations et l'origine de leur démarche sont diverses, et celle-ci leur est "confisquée" par une lutte qui ne concerne que quelques-uns, tous "spécialistes" (les uns de la mise en théâtre, les autres du texte ou des évènements relatés). Quelle place reste-t-il pour le "simple spectateur" dans cette situation ? Ne devient-il pas en quelque sorte le jouet de quelque chose qui le dépasse, et sur quoi il n'a aucune prise ?

De là, une ouverture vers une question plus large, concernant toutes les questions de "place" du spectateur, de "participation" etc : beaucoup de dispositifs contemporains dans le spectacle se revendiquent de la participation, de l'activité du spectateur, au motif de l'impliquer, de le sortir de sa passivité. Lorsqu'on y regarde de plus près cependant, ou plus encore lorsqu'on est "pris" dans de tels dispositifs, le plus frappant est qu'en réalité le spectateur n'est absolument pas pris en compte, au sens où ces dispositifs sont toujours extrêmement violents et conçus sans aucun "souci" de ce qui peut être vécu, ressenti "de l'autre côté", à savoir du fait que le spectateur a sa propre personnalité, ses propres besoins et aussi ses propres limites. C'est une autre question, mais qui pose elle aussi la question de la légitimité (jusqu'où peut-on aller au nom de l'art?), et corollairement celle des rapports de force et de l'exclusion (le théâtre participatif/interactif exclut de facto, par la peur dissuasive, toutes les personnes qui n'ont pas les aptitudes ou les dispositions pour "jouer le jeu"). De nouveau, se pose alors la question de l'entre-soi "excluant", qui est, à mon sens, aux antipodes d'une vision de l'art que nous partageons sans doute tous ici.

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