Réunion du 11 avril 2016

Introduction

Marinaleda

Présentation

MARINALEDA

Les politiques développées par les actionnaires déstabilisent jusqu’au capitalisme historique. Les questions de société tournent autour d’alternatives prenant en compte la fin du productivisme (et donc des solutions de rechange), la préservation de la nature, une réflexion sur le travail et la culture, y compris le vivre ensemble. Parmi les tentatives de réponses un cas : Marinaleda, petit village de résistance, coincé entre symboles et actions directes.

J'ai beaucoup hésité avant de proposer le thème de Marinaleda à votre réflexion.

Plusieurs pistes m'y ont amené.

D'abord, ce sentiment parfois perçu de vouloir être très proche de certaines réalités de terrain. Et c’est une expérience concrète.

Ensuite, cette idée que j'ai émise à plusieurs reprises déjà, lors d'un développement de réflexion politique, de faire de sorte que chaque praticien devienne son propre théoricien et le corollaire bien entendu visant à ce que chaque théoricien devienne son propre praticien.

Et puis, troisième piste, c'est cet article que j'avais commis au début du site de la Manivelle, dans une réflexion sur la réalité de la gauche maintenant et demain et dans lequel je développais l'idée d'une gauche forte au niveau local se développant sur la logique théorique du phalanstère.

Tout m'amenait donc dans ce petit village andalou, la ville dont le prince est un forban.

Tout d'abord je voudrais préciser que je n'ai pas eu l'occasion d'aller y voir de près encore. C'est une perspective que j'ai mais je comptais la réaliser après mai 2017 pour des raisons d'aménagement de temps personnel.

C'est donc une lecture de deuxième main que je vous propose ce soir. Mais l'important ne réside-t-il pas dans les réflexions qui peuvent en naître plutôt que dans un exposé hyper documenté qui ne renforcerait que la vérité du moment?

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Un des problèmes auxquels notre société sera confrontée dans les années qui viennent est celui de la décroissance. Le capitalisme, qui n’a jamais été aussi dur, n’en est pas moins à son chant du cygne quant à sa logique première qui visait un enrichissement maximal sur une logique de production et de diffusion.

La paupérisation globale, la dualisation de la société, font que cette règle atteint ses limites. Les profits générés au détriment du pouvoir d’achat connaîtront leurs propres limites : ils ne sont garantis que tant que des acheteurs sont suffisamment aptes à acquérir ce qui est produit. Les politiques menées actuellement font les beaux jours des actionnaires, pas des producteurs. C’est une manière de se tirer une balle dans le pied à terme. Les capitalistes auront à résoudre ce problème s’ils ne veulent pas s’arrêter un jour, pas vraiment exsangues, mais du moins dans l’impossibilité d’assurer encore leur développement.

Pour les consommateurs, le pari est inverse. Comment maîtriser nos dépenses en assurant un train de vie durement gagné par des années de luttes ?

Nous le voyons tous les jours, les marques de réussite, les signes d’intégration socio-économique sont des repères libéraux. Ma voiture, c’est ma liberté, ma télé est un écran plat de plus en plus grand, mon autonomie est assurée par un mobile de plus ne plus performant, mes vacances se déroulent dans les îles, ma visibilité est liée à ma capacité de porter des vêtements de marque. La société capitaliste qui s’est imposée à nous, déjà bien avant les algorithmes qui ont tendance à tout régenter maintenant, a réussit à implanter des normes de confort utiles, puis nécessaires et enfin indispensables. Pour autant est-ce un vrai confort ? Ces libertés forcées sont-elles de vraies libertés ?

Ne nous trompons pas, pour changer la situation, il faudra nécessairement passer par un temps de convictions. Sans cela, les nouveaux esclaves du confort prémâché ne lâcheront pas leur os. L’enjeu est de créer de nouveaux conforts qui permettront de laisser tomber les anciens. Pour l’instant, Google s’en occupe, mais peut-être pas dans le bon sens. Et c’est justement sur la base des algorithmes que l’ont crée, non pas de nouvelles valeurs, mais le sentiment que certaines des valeurs proposées sont incontournables.

Mais quels conforts mettre en avant pour contrer cette machine bien huilée aux mains des « décideurs » économiques, et donc socio-économiques, et donc politiques. Qu’ils se parent des couleurs libérales les plus dures ou mêmes des habits d’une social-démocratie qui a failli, non pas dans sa quête de présence politique, mais dans la réflexion de sa justification profonde. Quelques uns des anciens responsables issus du socialisme historique ont eu conscience d’avoir raté la révolution culturelle. Et la culture passe avant tout par la compréhension et la maîtrise des moyens de vie. Mais voilà, le constat étant établi, comment résoudre la question ?

Ces derniers temps, émergent des tentatives très locales de remise en questions de ces grands principes de réussite. Que ce soient des jardins partagés, le retour à la bicyclette, de nouvelles formes de cohabitations, … nombreux sont ceux qui imaginent des alternatives, généralement après une prise de conscience politique qui leur fait accepter de réduire leur confort. La révolution ne se fera pas qu’avec des militants. Il faudra aussi attirer le citoyen lambda. Et donc, j’y reviens, inventer de nouveaux conforts.

Et peut-être est-ce précisément le grand mérite de Marinaleda, c’est d’avoir pu fédérer l’ensemble d’une population donnée alors que nous savons pertinemment bien que le regroupement géographique correspond rarement à des regroupements idéologiques. Quels sont les leviers qui ont été activés pour ce faire ?

Petit retour dans le passé pour expliquer pourquoi là et maintenant .

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Quelques mots du phalanstère de Charles Fourier (philosophe français de la fin du XVIIIe, début du XIXe siècle).

Le phalanstère est une sorte d'exploitation agricole avec des bâtisses pour le logement et l'amusement, pouvant accueillir 400 familles au milieu d'un domaine de 2300 hectares où l'on cultive les fruits et les fleurs avant tout. Fourier décrira à loisir les couloirs chauffés, les grands réfectoires et les chambres agréables.

Destiné à abriter 1 800 à 2 000 sociétaires, le phalanstère est un bâtiment de très grande taille, de grandes galeries facilitant les rencontres et la circulation par tous les temps ; des salles spécialisées de grande dimension  ; des appartements privés et de nombreuses salles publiques ; etc.

La quête de Fourier est celle d’une harmonie universelle. Il présente sa théorie comme résultant d’une découverte scientifique dans le domaine passionnel, parachevant la théorie de la gravitation d'Isaac Newton dans le domaine matériel. Dans le cadre de cette théorie dite de l'Attraction passionnée.

De fait, chaque personne au sein du phalanstère œuvre selon ses affinités, tout en accordant une place particulière à l'agriculture, ainsi qu’aux arts et aux sciences.

Selon lui, pour faire cesser les vices de la société civilisée, il suffit de faire confiance aux indications données par l’Attraction passionnée, cette impulsion donnée par la nature antérieurement à la réflexion et persistante malgré l’opposition du devoir, du préjugé, etc. Notion très proche de celle du « confort » dont je parlais plus tôt.

Charles Fourier considère ainsi que l’attirance naturelle des humains pour l’activité et la vertu est totalement entravée et pervertie par le travail, un état où l’homme s’impose à regret un supplice, et par la morale, cette mortelle ennemie de l’attraction passionnée. Ceci pour les notions de travail et de morale.

Ce n’est pas la valeur marchande des produits qui entre en ligne de compte, mais leur capacité à susciter le désir de produire, et leur potentiel d’harmonisation du phalanstère.

Il imagine le revenu minimum annuel garanti à chacun dès l’âge de trois ans révolus, et le coût des biens et services qu’il a obtenus du phalanstère au cours de l’année (costumes, repas, autres fournitures et services…). Le solde positif n’est donc distribué qu’en fin d’année, et seulement à leur majorité pour les mineurs.

Charles Fourier promeut ainsi plusieurs idées très innovantes dont la création de crèches, l'une des premières tentatives de libération de la femme. Les progrès sociaux, écrit-il, s’opèrent en raison des progrès des femmes vers la liberté et les décadences d’ordre social en raison du décroissement de la liberté des femmes.

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Marinaleda

Village de 2600 habitants à 80 km de Séville

Les actions mises en place à Marinaleda.

Les options politiques

Le 16 février 1936 triomphe le Front populaire.

En1977, à Marinaleda est fondé le Sindicato de Obreros del Campo (Syndicat des Travailleurs de la Terre)

En 1979, Juan Manuel Sanchez Gordillo devient maire à la tête d’une majorité de 9 conseillers sur 11 et l'est resté depuis lors (même résultats en 2011 lors des dernières élections municipales!). Il a par ailleurs également défrayé la chronique en organisant des opérations « caddies » dans les grands magasins, ne payant pas les marchandises et les offrant à des SDF de Séville.

Par de multiples actions d'occupations et de grèves, durant 30 ans, ils vont obtenir que le gros propriétaire terrien vende ses terres inemployées à l'Etat qui les rétrocèdera à la commune.

Marinaleda fonctionne en démocratie directe

Le maire et les autres élus de la ville ne reçoivent aucune rémunération au titre de leur charge[. Toutes les décisions de la municipalité sur l’impôt, le logement, l'emploi, les équipements, etc. sont soumises à la discussion et au verdict du peuple qui vote à main levée, et parfois par scrutin secret, au cours d'une centaine d'assemblées générales ou assemblées de quartier qui ont lieu chaque année.

Il n'y a pas de police à Marinaleda car il n'y a pas de délinquance[.]

Les options sociales

En 1997, avec un système d'irrigation de la ferme de el Humoso, commence l'exploitation collective avec la fondation de la cooperative Marinaleda S.C.A. Trois ans plus tard est créée une conserverie qui met en boîtes ou en bocaux la production de la coopérative : piments, fèves, artichauts et olives. Un moulin est construit pour la production de l'huile d'olive.

La crise de 2008 touche l’Espagne de plein fouet. L'organisation originale économique et politique de Marinaleda lui permet d'y échapper et conserver le plein emploi.

Le salaire de tous les travailleurs, quel que soit leur poste, est de 47 euros par jour à raison de six heures et demie de travail quotidien aux champs et huit quand il s'agit d'un poste à l'usine. La moyenne du salaire dans le reste de l'Andalousie est de 30 à 35 euros par jour.

Le coût de la vie à Marinaleda est faible.

La mairie offre divers services aux habitants :

  • à part la piscine (3€ par an !), l'accès à toutes les installations sportives est gratuite ;

  • les habitants règlent seulement la moitié de leurs taxes d'habitation. Le reste est pris en charge par la commune ;

  • un restaurant communal dit : « syndicat » offre une restauration très bon marché, subventionnée par la mairie. Un plat y coûte au consommateur 1 € ;

  • l’eau potable est distribuée à la population par une régie communale. Le montant à payer est de 5 € par mois. Il est inchangé depuis 1979 ;

  • la crèche pour un enfant coûte 12 € par mois nourriture comprise ;

  • la mairie a créé une chaîne de télévision locale et associative où les habitants ont la possibilité de venir s'exprimer ;

  • la population est invitée à se servir des murs pour s'exprimer graphiquement et ne s'en prive pas.

  • La somme à acquitter pour un logement se monte finalement à 15,52 euros par mois[, dont 50 centimes de frais bancaires[.

À tout fils ou à toute fille d'habitant qui a besoin d'une maison, la mairie fournit le terrain, le matériel et l’architecte gratuitement, à condition que le futur habitant de ladite maison participe à la construction.

Les ouvriers qui édifient la structure sont des professionnels de la construction, des maçons sous contrat de la mairie, qui viennent en renfort pour diriger les « autoconstructeurs » et pallier le manque de savoir-faire des habitants. Les futurs voisins d'un même quartier se mettent à travailler ensemble sur le groupe de maisons à construire.

Le maintien du symbolisme, équivalent du rêve.

La nouvelle municipalité rebaptise un certain nombre de rues de la ville, qui portaient des noms honorant les vainqueurs franquistes de la guerre civile :

  • Muñoz Grandes – Che Guevara

  • Queipo de Llano - Avenida de la Libertad

  • José A. Primo de Rivera - Andalucía

  • Acceso de Queipo de Llano - Mariano Pineda

  • Calvo Sotelo- Alcalde Vicente Cejas

  • CastejónAntonio Machado

  • Castiella - Jornaleros

  • Miguel OsunaPablo Neruda

  • General Mola - Boabdil

  • Plaza de España - Place del pueblo

  • Plaza de Franco - Place Salvador Allende

  • General Sanjurjo – Federico Garcia Lorca

  • Varela – Miguel Hernandez

  • Victoria – Blas Infante

  • Le maire de la ville Juan Manuel Sánchez Gordillo dit à propos de la festivité à Marinaleda :

Nous faisons beaucoup de fêtes avec des repas communs gratuits, et il y a toujours assez de volontaires pour organiser tout cela. La joie et la fête doivent être un droit, gratuites et pour tous. Ce n’est pas la mayonnaise des médias qui vont nous dicter ce qui doit nous plaire, nous avons une culture à nous.

  • Le site Internet officiel de la ville proclame à sa page « Fiestas » (Fêtes) :

« La alegría es un derecho del pueblo. El dinero no puede ser la barrera entre los que se divierten y los que no pueden divertirse. »

La joie est un droit du peuple. L'argent ne doit pas être la barrière entre ceux qui s'amusent et ceux qui ne peuvent pas s'amuser.

Les fêtes

  • Feria de Santiago (Foire de Santiago), à la mi-juillet. C'est une foire autogérée qui a lieu chaque année avec un thème choisi différent (contre le Ve Centenaire, pour la Réforme agraire, en l'honneur d'Ernesto Che Guevara ou en faveur du peuple sahraoui…) et des actions sont développées autour de ce thème. Des bénévoles se relaient pour organiser ces événements. Les organisateurs de cette foire disent qu'elle est « la respuesta a la antigua celebración donde existía una caseta cercada con cañizos con una entrada que no podían pagar los más humildes y donde sólo se divertían un puñado de familias de la pequeña burguesía, el boticario y la guardia civil » (la réponse à la vieille fête qui se tenait dans un local fermé avec une entrée payante empêchant les pauvres d'y participer et où seuls pouvaient se divertir une poignée de familles de la petite bourgeoisie, l'apothicaire et la police).

  • Noche Vieja (Nouvel an) : organisation d'un repas collectif et gratuit, par le Sindicato de Obreros del Campo (Syndicat des Travailleurs de la Terre) et la mairie de Marinaleda. C'est également une fête populaire. Son objectif est de développer la convivialité, briser les malentendus et marquer les défis de l'année qui arrive.

  • Festival Flamenco de Marinaleda : l'événement se caractérise par son format, seuls quatre artistes y participent, et par son soutien explicite au flamenco authentique et sans additifs. Il est organisé par la mairie.

  • Día de la Paz (Journée de la Paix), le 30 janvier, date anniversaire de l'assassinat du Mahatma Gandhi. C'est une fête pour les enfants, où la paix est mise en valeur. Des jouets guerriers sont brulés et remplacés par d'autres d'un genre différent, et sont organisés également d'autres événements culturels.

Les armoiries des villes d'Espagne ont la forme d'un blason sommé d'une couronne. La forme circulaire inhabituelle choisie ici, l'absence de couronne qu'elle implique, rejoint l'absence du drapeau royal et du portrait du roi d'Espagne dans les bâtiments officiels de la ville.

Les armoiries circulaires de Marinaleda portent en leur centre une colombe sur fond azur, tenant en son bec un rameau d'olivier, symbolisant la lutte constante d'un peuple pour arriver à la paix. Ce qui représente la conscience collective, l'union dans la lutte pour le bien-être de tous.

À droite de la colombe un soleil rouge représente la Nature et le respect indispensable qu'il faut avoir pour elle.

Les champs représentent également la Nature et cette revendication que nous avons de lutter non seulement pour les richesses et la terre, mais aussi pour empêcher la destruction de la planète et son environnement où nous sommes seulement de passage.

Le village représente notre esprit collectif. Il représente le savoir qui vient de la collectivité dans les domaines économique, politique et social. Les objectifs que nous pouvons atteindre et qui nous amène à la philosophie de combattre d'abord ensemble pour ensuite répartir le bien-être que nous sommes en mesure d'atteindre avec notre effort.

  • La bordure, dans sa partie supérieure verte, représente l'utopie nécessaire pour convertir les rêves les plus nobles du peuple en réalité grâce à la lutte organisée des travailleurs.

  • La bordure, dans sa partie inférieure rouge, représente la lutte pour les droits essentiels auxquels aspire l'homme.

  • La bande blanche séparant les deux bandes de couleurs représente le désir de paix compris non seulement comme l'absence de violence, mais aussi comme pratique de la justice. Paix de l'égalité, paix qui implique la disparition de l'injustice et des classes sociales.

Sur la bande inférieure rouge est écrit le nom de la ville : « Marinaleda ». Sur la bande supérieure verte la devise de la ville : « Una utopía hacia la paz » : Une utopie vers la paix.

Déclaration

En 2010, Juan Manuel Sánchez Gordillo déclarait : « Il nous a fallu trente ans pour en arriver là. Pas besoin d’être grand clerc pour comprendre que ce sont nos solutions qui marchent. La spéculation immobilière, elle, ne pouvait rien donner de bon. C’est la cupidité qui a plongé le monde dans la crise. Les gens sont surpris lorsqu’ils voient qu’ici, il n’y a presque pas de chômeurs et que tout le monde a sa propre maison. Mais c’est pourtant ça qui est normal. Ce qui n’a pas de sens, c’est ce qui se fait ailleurs. Et qu’on ne vienne pas me dire que notre expérience n’est pas transposable : n’importe quelle ville peut faire la même chose si elle le souhaite[]. »

Le maire de la ville relève cependant que « si le modèle ne s’exporte pas, c’est par manque de volonté politique et d’intérêt. »

Les dangers pour demain :

  • Les réactions hostiles plus fortes des institutions : les recours à l’état pour utiliser les terrains sont-ils considérés comme un cadeau de l’institution ? Ou bien le prix d’un marché gagné à la suite de bras de fer consécutifs à des occupations ou des grèves ? N’est-ce pas le devoir de l’état, finalement, que de permettre l’émergence et la réalité d’initiatives citoyennes ? Dans ce cas, il ne s’agit pas de cadeaux mais bien d’une juste réponse à des revendications normales.

  • La disparition du maître d’œuvre : c’est toujours le même problème. Assistons-nous au triomphe d’un homme providentiel ? Le système est-il garanti au-delà de son initiateur ?

  • L’essoufflement de la dynamique : l’histoire nous apprend malheureusement que de nombreuses initiatives ont été porteuses pendant un certain temps et puis, sous le poids et les freins d’une résistance extérieure, ont finalement perdu leur signification ou même leur justification pourtant essentielle. Le mouvement kibboutzique en est un magnifique exemple.

  • L’embourgeoisement des nouveaux membres de la communauté : les époux, épouses et enfants ne possèdent peut-être pas la militance initiale nécessaire et on en revient au risque de disparition d’un système lié à des personnes, même si nous sommes au-delà du l’homme providentiel ou du gourou. N’oublions pas que le système, sans amener des fortunes, pour le citoyen lambda, permet un accroissement du patrimoine personnel dû au travail.

  • Un afflux trop important venu de l’extérieur : parfois la rançon de la gloire est difficile à porter. Bien que cela ne semble pas être le cas de manière significative à Marinaleda, on assiste à un retour au bercail d’une population qui avait déserté le village au grand moment du développement industriel (pour trouver du travail dans les grands bassins économiques) ou au moment de la crise qui touche durement le pays. On peut imaginer que, si le village s’institue réellement une alternative reconnue, d’aucun aimeraient y prendre part. La solution est dans la démultiplication des initiatives plutôt que dans l’élargissement de l’idée de base. Un peu comme dans les petites entreprises qui explosent dès l’instant où elles sortent de leur sphère maîtrisable, où le break-even est dépassé.

  • Une sur médiatisation : elle pourrait ouvrir des appétits qui rendraient la tentative illusoire. Fourier, sur des bases dont je lui laisse la responsabilité, prend bien soin de limiter le nombre des participants, appelons-les des coopérateurs pour que le système soit viable.

Les espoirs quand même :

Le maintien depuis 30 ans de la confiance de la population, dans les mêmes proportions

Le retour d’habitants qui avaient désertés le village

Les changements politiques en Espagne qui devraient renforcer la logique plutôt que l’affaiblir

L’apparition des indignados et l’émergence d’un nouvel appétit de citoyenneté

  Rebonds et débat : Remarque que l'impulsion de départ est politique ! Importance de la fête ET de la lutte ET du sens ! Sens => système psychique Ni Marinaleda ni les phalanstères ne sont des mondes isolés :
  • Un monde isolé serait nécessaire à ce que ce soit auto-suffisant et pas menacé
  • Un monde isolé serait artificiel, fondamentalement néfaste à la compréhension du monde, et fragile
  • Un monde non isolé est fragile également parce qu'exposé aux mêmes problèmes que les nôtres
=> en quoi Marinaleda peut nous aider ? => en quoi pouvons-nous aider Marinaleda en nous aidant nous-mêmes ? Question des algorithmes, de la décroissance, Épuisement des individus au niveau de leur énergie libidinale ; attention ; prendre soin « Décideurs économiques » ? « Décideurs politiques » ? Insovabilité Revenir sur les dangers :
  • Les réactions hostiles plus fortes des institutions : les recours à l’état pour utiliser les terrains sont-ils considérés comme un cadeau de l’institution ? Ou bien le prix d’un marché gagné à la suite de bras de fer consécutifs à des occupations ou des grèves ? N’est-ce pas le devoir de l’état, finalement, que de permettre l’émergence et la réalité d’initiatives citoyennes ? Dans ce cas, il ne s’agit pas de cadeaux mais bien d’une juste réponse à des revendications normales.

  • La disparition du maître d’œuvre : c’est toujours le même problème. Assistons-nous au triomphe d’un homme providentiel ? Le système est-il garanti au-delà de son initiateur ?

  • L’essoufflement de la dynamique : l’histoire nous apprend malheureusement que de nombreuses initiatives ont été porteuses pendant un certain temps et puis, sous le poids et les freins d’une résistance extérieure, ont finalement perdu leur signification ou même leur justification pourtant essentielle. Le mouvement kibboutzique en est un magnifique exemple.

  • L’embourgeoisement des nouveaux membres de la communauté : les époux, épouses et enfants ne possèdent peut-être pas la militance initiale nécessaire et on en revient au risque de disparition d’un système lié à des personnes, même si nous sommes au-delà du l’homme providentiel ou du gourou. N’oublions pas que le système, sans amener des fortunes, pour le citoyen lambda, permet un accroissement du patrimoine personnel dû au travail.

  • Un afflux trop important venu de l’extérieur : parfois la rançon de la gloire est difficile à porter. Bien que cela ne semble pas être le cas de manière significative à Marinaleda, on assiste à un retour au bercail d’une population qui avait déserté le village au grand moment du développement industriel (pour trouver du travail dans les grands bassins économiques) ou au moment de la crise qui touche durement le pays. On peut imaginer que, si le village s’institue réellement une alternative reconnue, d’aucun aimeraient y prendre part. La solution est dans la démultiplication des initiatives plutôt que dans l’élargissement de l’idée de base. Un peu comme dans les petites entreprises qui explosent dès l’instant où elles sortent de leur sphère maîtrisable, où le break-even est dépassé.

  • Une sur médiatisation : elle pourrait ouvrir des appétits qui rendraient la tentative illusoire. Fourier, sur des bases dont je lui laisse la responsabilité, prend bien soin de limiter le nombre des participants, appelons-les des coopérateurs pour que le système soit viable.

Point sur le localisme ? Question de la pauvreté et de la misère Caractère relatif de la pauvreté, absolu de la misère Pauvre de n'avoir pas de GSM ? Qu'est-ce que la misère ? Incertitude permanente par rapport à ses besoins fondamentaux, soit nourrir son corps et son esprit Esprit : avoir le temps de penser « qui on devient » (<> identité) et de penser ce qui nous arrive pour panser ce qui nous arrive « Même au moment le plus critique, dans l'impasse totale, comprendre est la seule issue possible. Si la violence que nous sommes en train de subir nous empêche de penser, alors c'est que nous avons perdu la dernière bataille » En quoi une nouvelle constitution répondrait-elle à leurs attentes ? Pour commencer, cela répondrait à l'attente de se sentir investit d'un réel pouvoir en tant que citoyen, plutôt que de se voir opposé une liste de « c'est impossible parce que... » imposés précisément par la constitution actuelle. On part d'une feuille blanche et la plume n'est pas tenue par des politiques. Notre constitution a presque 186 ans ; elle a été réformée, amendée, tout ce qu'on veut. Il faut se donner la possibilité de penser la société autrement, en fonction d'autres rapports de force et non par simple habitude comme actuellement. a démonstration de la déliquescence de notre État est faite lorsque, dans la foulée, les démissions sont refusées et que, immédiatement, les deux ministres déclarent « nous continuons notre travail ». Et tout le monde s'en tamponne le coquillard, preuve étant ainsi faite que ce pays fonctionne en pilotage automatique, sans enjeu, jusqu'au prochain drame, qu'il s'agisse d'attentats, d'une vague de licenciements, d'une catastrophe nucléaire ou de la découverte de dizaines de cadavres de réfugiés1. Donc, oui, on sait ce qu'on a, et, de cela, il ne faut plus vouloir. J'ai bien dit « il ne faut plus vouloir » et non « nous ne voulons plus », précisément parce que le point de bascule n'est pas encore nécessairement atteint mais pourrait l'être d'un jour à l'autre. Et tout est à l'avenant, raison pour laquelle j'ai pris soin de préciser d'autres désastres qui risquent de nous tomber dessus, humanitaires, sociaux, écologiques, parce quel que soit le cas de figure, ils ne nous donneront qu'à voir un défilé des mêmes bobines à l'air contrit et désolé, les bras ballants, affichant une affliction profonde et jurant que toutes les mesures seront prises pour que ça n'arrive plus. Ce qui se passe pose la question de ce que nous voulons et c'est exactement le moment pour formuler cela. Remarque que ce gouvernement est bien le même que celui qui s'est installé il y a un an et demi et dont je me suis bien gardé jusqu'ici de réclamer la démission comme beaucoup d'amis l'avaient fait. Pourquoi ? Parce que les prédécesseurs, qui voudraient reprendre la place, n'ont rien à proposer qui suggère une réponse à la question « que voulons-nous ? ». Deuxièmement, oui, « on ne sait pas ce qu'on aura » et ça fait peur. C'est bien pour cela qu'il faut ouvrir ses horizons, se ré-autoriser à penser le monde autrement qu'en fonction des institutions actuelles, de leur agenda, de leur mandat, de ce à quoi elles s'autorisent à toucher. C'est également pour cela qu'il faut spécifier pourquoi il faut une Constituante, pour que l'ouverture de la boite de pandore conduise à quelque chose qui corresponde à l'intérêt général. Ça ne marchera jamais ! Et puis ça prendra trop de temps ! Tu as raison, ça ne marchera pas la semaine prochaine. En attendant, ce n'est pas tirer sur une ambulance que de dire que rien ne marche et que nous sommes tous proprement abasourdis parce que nous découvrons que nous vivons dans les mêmes rues que des jeunes gens qui sont près à se faire exploser dans le hall d'entrée d'un aéroport ou dans un wagon de métro. Leur programme politique, ou plus exactement celui de leurs commanditaires, n'est pas à négliger, mais focalisons nous un instant sur leur geste sacrificiel. Il nous effraie parce que notre horizon se limite à réaliser des actions qui ne remettent pas en cause notre capacité à regarder « The Voice » à la télévision, à planifier nos prochaines vacances « all inclusive » ou à regarder la coupe d'Europe de foot. Et les périls sont multiples : à l'angoisse de mourir en prenant le métro s'ajoutent celles que nous ressentons face aux DRH des boites dans lesquelles nous travaillons ou aux contrôleurs du chômage. Je parlais de la COP 21 consacrée au réchauffement climatique. Les causes du réchauffement sont très simples, à la fois physiques et symboliques. Physiques parce que la condition première pour que la Planète ne devienne pas impropre à l'humanité à un horizon proche est de laisser sous terre à l'horizon 2050 80 % des réserves de combustibles fossiles actuellement identifiées. En soi, une telle décision serait un cataclysme auquel nos pays ne sont absolument pas prêts à faire face. Cela amène aux causes symboliques, qui sont liées à des questions de domination économique internes à nos pays et entre pays riches et pauvres. Pourtant, nos pays ont fait face avec succès à d'autres périls. Pensons au nazisme. Il y a des gens qui se sont levés, qui ont dit non et qui ont résisté. Évidemment, le nazisme n'a pas été vaincu que par les résistants et certainement pas militairement. Ce sont le débarquement anglo-américain à l'ouest et la lutte de l'URSS à l'est qui ont permis d'emporter le morceau. Mais imaginons fut-ce un seul instant une « libération » de la France et de la Belgique occupées avec à l'intérieur uniquement des gens qui soit ont subi le nazisme sans broncher soit ont collaboré avec lui. Ça n'aurait pas du tout donné le même résultat. Même en Italie fasciste ou en Allemagne nazie, il y a eu des résistants dès le premier jour de l'instauration de ces régimes. Ces mouvements de résistance étaient tout sauf de purs mouvements d'opposition. Derrière, il y avait tout un tas de revendications qui ont abouti à des modifications profondes. Il y avait le Conseil National de la Résistance en France, en Belgique il y a eu la création du système actuel de sécurité sociale. Tout cela est venu d'un rapport de force qui s'est établi à la défaite du nazisme et qui prend sa source au moment même de l'acte de résistance, parce qu'il y avait la nécessité d'un horizon derrière au moment même où les premiers se sont levés, c'est-à-dire à un moment où il n'y avait rigoureusement aucun espoir réel, à un moment où ni les États-Unis ni l'URSS n'étaient impliqués dans la guerre. C'était totalement irrationnel de résister en juillet 1940. Chaque fois que je viens à Paris, je passe par la station de métro Jacques Bonsergent. Ce type a été mêlé en novembre 1940 à une bousculade durant laquelle un officier allemand a été frappé. Il a été arrêté. Il a refusé de dénoncer et a été fusillé et cela à une époque où il n'y avait pas le plus petit élément matériel suggérant que, moins de quatre ans plus tard, Paris serait libéré. De ce strict point de vue, Jacques Bonsergent se serait sacrifié en vain. Non. C'est impossible. Il s'est sacrifié parce qu'il y avait un autre horizon derrière la défaite du nazisme. C'est cet horizon qu'il faut construire pour se donner la pêche à la fois pour passer au travers du péril concret du jihadisme dans les rues de Paris ou Bruxelles et pour penser un monde où les angoisses économiques, sociales, environnementales seraient effectivement combattues dans le cadre d'un vrai projet de société. Pour prendre une image un peu belliqueuse et violente, mais c'est bien face à de multiples violences que nous nous trouvons, un boxeur qui ajuste son coup ne vise pas du tout la surface du nez de son adversaire, le point d'impact qu'il vise est derrière. Donc non, ça ne marchera pas la semaine prochaine ; comme il y a urgence, autant s'y mettre le plus vite possible. Un nombre incroyable de choses sont en train de bouger, qu'il s'agisse de l'ahurissante campagne de Bernie Sanders pour la primaire démocrate aux États-Unis, de l'accession à la présidence de Jeremy Corbyn du parti travailliste en Grande Bretagne ou, plus près de nous, de mouvements ultra-politisés comme Alternatiba ou le réseau Ades. Ce sont des mouvements très politiques auxquels le cadre constitutionnel actuel n'offre aucune perspective. Pourtant, ils représentent une force, un espoir, comme Sanders ou Corbyn représentent des espoirs, qui, je le crains, ne donneront rien en tant que tels, la semaine prochaine, mais qui ouvrent d'autres horizons mobilisateurs. Limiter l'horizon des possibles aux partis politiques, ça conduit à la situation actuelle, où nous avançons courbés, convaincus que nous sommes petits et que nos rêves sont des illusions. On fait avec tant qu'il faut, après d'autres organisations et d'autres formes d'organisation sont à inventer. Je crois qu'énoncer simplement que l'ordre établi n'est pas le seul possible, ça crée un mouvement, une interruption dans un quotidien où le plafond est tellement bas et où nous avançons tellement courbés que nous avons oublié notre taille réelle. Et je pense aussi que le même genre de « mouvement » peut s'enclencher non seulement dans d'autres pays occidentaux mais également, par exemple, dans le monde Arabe, toujours sous le choc des échecs des révolutions égyptienne et tunisienne. D'abord, cette fenêtre de tir est à construire et il existe beaucoup de raisons pour lesquelles elle peut exister, même toute petite. Ensuite, la notion de fête est extrêmement importante. La réponse à la question de savoir qui fait la fête et pourquoi est essentielle. Elle permet de s'y retrouver, de voir qui est qui. Un président de parti politique tenant de l'ordre établi qui gagne les élections a toutes les raisons de faire la fête. En revanche, des dirigeants de partis voulant mettre à bas un ordre établi fondé sur l'injustice n'ont aucune raison de rigoler au moment d'accéder au pouvoir. Les difficultés à venir aussi bien que l'espoir dont ils seraient investis seraient écrasants. La chose principale qu'ils pourraient se permettre est de convoquer le peuple à faire la fête une fois les premiers succès engrangés, comme la création d'une Constituante. C'est normal de faire la fête autour d'un enjeu important, mais tout est question de timing. Il est légitime pour des individus choisis par le suffrage universel d'en tirer une joie et une fierté personnelles. L'étaler publiquement, médiatiquement, c'est obscène. Ils seront invités à la fête s'ils réussissent… Bon, OK, donc une Constituante, mais qu'est-ce qu'il y aura dedans ? C'est compliqué, parce que tout s'emmêle évidemment. Une constitution détermine deux choses : la manière dont le gouvernement s'exerce, jusque et y compris la manière dont il est choisi et dont il fonctionne, et l'ordre des priorités. Nos constitutions sont celle d'états bourgeois. Lorsqu'elles ont été créées, cela représentait un progrès par rapport aux monarchies de droit divin, par rapport à la prédominance de la noblesse, la primauté de la naissance dans une monarchie. La priorité a été donnée à la propriété économique. On voit ce que ce progrès donne aujourd'hui. Certainement, cette question de la propriété de l'économie est centrale, et c'est important de ne pas la confondre avec la propriété privée dans son ensemble. Le président chilien Salvador Allende racontait, avant d'être assassiné, l'anecdote de cette vieille dame très pauvre qui avait voté contre lui et qui avait emballé ses maigres avoirs dans un sachet en plastique et avait enterré le sachet de peur que « les Rouges » ne lui prennent. Après, ne pas constitutionnaliser certaines priorités écologiques rend le traitement de ces questions au mieux inefficace, au pire insolemment mensonger. Vient ensuite la question de la pratique de l'exercice du pouvoir. Une grande partie de la classe politique, je me refuse à dire « toute la classe politique », car il y a toujours de la place pour la sincérité, s'est décrédibilisée en refusant de mettre certaines questions à l'agenda, j'ai expliqué pourquoi. Mais la manière dont le pouvoir est distribué, en fonction de l'échelle territoriale, au niveau des individus qui l'exercent et de la manière dont ils doivent assurer leurs responsabilités est également importante. Le meilleur exemple de tout cela nous a été donné par Jacques Chirac, qui a dit « la maison brule et nous regardons ailleurs ». Je pense qu'aujourd'hui, trois mois après la COP 21, neuf jours après les attentats de Bruxelles, une semaine après les vraies fausses démissions de ministres importants, la maison s'est écroulée et nous jouons aux billes.

1Cela a déjà eu lieu en 2002...

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Commenté le mardi 22 novembre 2016 à 11:51 par La Manivelle

[…] Marinadela […]


Commenté le jeudi 17 novembre 2016 à 09:36 par La Manivelle

[…] Marinaleda […]