Refus du CETA : à peine un début diffus, continuons le combat et les débats


Posté le 23 octobre 2016 par
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L’instant de la sidération du refus des parlement et gouvernement wallons1 des mirifiques bienfaits du CETA commence à passer.

Le constat s’installe.

Ça cale

Et les uns et les autres commencent à s’y faire, le CETA ne passe pas.

Et avec lui le plus célèbre TTIP

Est menacé.

Jetons un voile pudique sur les postures de circonstances.

Un PS à la manœuvre au fédéral aurait-il plus résisté

À celui-là qu’il n’a résisté,

entrainant in nihilo tempore

ECOLO2, au TSCG3 ?

Poser la question… n’impose pas d’y répondre : savourons notre plaisir !

Mais pas trop longtemps !

Pas trop longtemps car ce refus n’a pas changé les termes du débat : croissance, emploi, commerce. Sans que la qualité de nos vies y trouve la place qu’elle mérite : croissance de quoi ? Emplois de qui et comment ? Commerce par qui, au profit de qui, comment, avec quelles conséquences pour la survie de l’espèce humaine ?

Pas trop longtemps car cette victoire (dont on espère qu’elle n’est pas temporaire) n’est le résultat que

  • d’une mobilisation militante4 ;
  • d’une analyse des effets immédiats en termes de choix de vie (environnement, alimentation, agriculture, démocratie,…).

Pas trop longtemps car ce qui transparait médiatiquement de cette victoire n’est PAS le résultat d’une analyse de classe : à qui aurait profité le crime ? Au commerce, oui, bien sur, mais pas à celui des entreprises qui n’ont de toute manière pas accès aux « bienfaits » de la mondialisation, donc pas aux PME, pas aux producteurs de notre alimentation et certainement pas aux salariés et encore moins aux salariés privés d’emploi. Au commerce de multinationales toujours plus grosses et toujours moins nombreuses à force de rachats, concentrations et autres consolidations stratégiques, dont les pouvoirs de décision sont toujours plus intouchables et remplacent le droit par le fait établi.

Pas trop longtemps car on sent combien est instable l’équilibre sur la ligne de crête : le CETA (et derrière lui le TTIP) serait à renégocier au nom des échanges, de la « paix » (des têtes nucléaires canadiennes seraient-elles pointées sur nous ou l’arsenal militaire wallon s’apprêterait-il à déferler sur Winnipeg ou sur le Saskatchewan5 ?).

Or qu’y a t-il à négocier ?

Rien d’autre qu’une poursuite de la fuite en avant d’une mondialisation qui n’est QUE celle de sociétés commerciales à l’appétit sans limite6.

Cette victoire, réelle, sera temporaire tant que nous ne « cesserons pas de de dire ce que nous ne voulons pas pour oser dire ce que nous voulons »7.

Les revendications ne sont que demandes d’enfants qui veulent retarder l’heure à laquelle les parents les autorisent à éteindre les feux avant de s’endormir. Elles sont nécessaires, mais elles ne sont que la condition à s’autoriser à affirmer ce que nous voulons.

En l’état, d’avoir battu en brèche le CETA n’est que de l’ordre de la revendication. Après, il nous faut formuler ce que nous voulons pour nous construire un avenir qui soit simplement viable, un avenir qui ne passe pas par l’humiliation des allocataires sociaux ou chômeurs « activés ».

La carotte agitée par le CETA, le TTIP et toutes les politiques qui, d’une manière ou d’une autre, favorisent un commerce aux tenants et aboutissants impossibles à identifier, tout comme les quelques mains entre lesquelles tombe la richesse que ce commerce crée, c’est l’envie de confort matériel et de richesse. Cette même envie est précisément celle qui fait se fracasser les uns contre les autres des précaires, petits indépendants, salariés pauvres, perdants de la mondialisation qui ont encore quelque chose à perdre d’une part, et ceux qui ont déjà tout perdu ou presque : chômeurs de longue durée, allocataires sociaux, migrants, nouveaux urbains des pays du Tiers-Monde… de l’autre. Cette carotte reste porteuse d’espoir de s’en sortir individuellement pour ceux d’entre-nous qui galèrent au quotidien.

C’est sans doute une des raisons pour laquelle le refus du CETA et le combat contre le TTIP sont portés avant tout par des minorités nanties, d’une manière ou d’une autre. Même s’il faut se réjouir de cette victoire, il faut aussi faire le constat qu’il ne s’agit pas d’une victoire populaire, comme a pu l’être l’obtention des congés payés ou de la semaine de 40 heures. Car pour énorme qu’elle soit, et le fait de voir ces belles personnes bien habillées se taper la tête contre les murs en est bien une, cette victoire n’est pas le fruit de luttes sociales qui auraient traversé notre société. Qui a vu la jeunesse des quartiers, les ouvriers des usines, les étudiants, les précaires de tout poil, descendre massivement dans la rue pour fêter cette victoire ?

Et c’est normal : rien n’est fait pour qu’il en soit autrement. La mondialisation du CETA et du TTIP passe doublement « au-dessus des têtes ». D’une part, elle s’avance sous la forme de « pavés » ultra-techniques négociés en secret, incompréhensibles pour la plupart. D’autre part, il est impossible d’établir des liens de cause à effet : on ne voit les conséquences que plus tard, trop tard.

La mondialisation du CETA et du TTIP, c’est aussi l’abrutissement d’un rouleau compresseur, un défilé d’individus qui portent les mêmes costumes ou tailleurs et nous jurent, droit dans les yeux, qu’ils travaillent pour le bien collectif à des choses qu’il est inutile de chercher à comprendre. Et puis, après avoir bien abruti, on s’étonnera que nombreux soient les citoyens qui, dans l’isoloir, choisissent d’autres abrutis qui font commerce de la bêtise et du bouc-émissaire.

Voilà donc où nous en sommes après cette victoire que constitue le rejet du CETA…

Cette victoire ne sera que le sursis du condamné qui attend dans le couloir de la mort tant que nous n’aurons pas réussi à la transformer en une proclamation de ce que nous voulons une société qui soit viable à terme, qui ne laisse aucun précaire sur le bord du chemin, qui n’oppose pas les travailleurs ou candidats travailleurs des entreprises les plus prédatrices des conditions sociales et environnementales aux victimes de la mondialisation, migrants, allocataires sociaux, peuples indigènes des pays en voie de développement ou menacés d’expropriation pour construire une autoroute ou un aéroport.

Ce constat ne doit absolument pas être considéré comme pessimiste, que du contraire. Jamais nous n’avons eu à portée de main autant de moyens à disposition pour nous construire un avenir commun, viable. Il nous faut inventer cet avenir et c’est une aventure proprement fascinante.

1Et d’une large majorité des élus bruxellois

2Dont la co-présidence actuelle reconnait qu’il s’agissait d’une « erreur »

3Pacte budgétaire qui subordonne les budgets des états signataires à l’appréciation de fonctionnaires européens

4Dont celle de partis politiques : Écolo et PTB dès le départ, le PS passant de la ligne « négociatrice » au refus plus tardivement

5Province du Canada située entre le Manitoba et l’Alberta.

6Le 21 octobre 2016 fut annoncé le rachat par l’ogre AbInBev, qui fut un jour belge, puis belgo-brésilien avant de devenir totalement déterritorialisé, de la brasserie artisanale qui produit la bière Ginette…

7Frédéric Lordon, à Nuit Debout

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Commenté le mercredi 4 janvier 2017 à 14:09 par La Manivelle

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