L’enjeu de la gauche? Redéfinir des possibles.


Posté le 25 juillet 2015 par
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Je ne voudrais pas cantonner la gauche entre quatre murs, dans une zone exiguë, d’où elle ne pourrait pas s’extraire.

Mais parler de son avenir sans réfléchir à son « devenir » pourrait paraître illusoire.

Peut-être s’agit-il avant de tout de déterminer les lieux où elle peut exister et d’où elle peut s’étendre ?

Nous vivons un drame quasi schizophrénique dans lequel nous nous renforçons dans notre analyse que c’est la gauche qui est et reste porteuse de nos aspirations communes et, en même temps, nous la voyons laminée par des ennemis qui semblent de plus en plus puissants.

Les derniers mois ont vu pourtant des embellies au travers d’un slogan qui atterrissait enfin: faire de la politique autrement. Et que peut-on imaginer de plus «autre» que de la redonner aux citoyens, de la confisquer à ceux qui en ont fait profession depuis tant d’années. L’émergence de Syriza en Grèce, les conquêtes madrilène et barcelonaise sont des marques de cet appétit, de ce renouveau, de cet appel d’air. Et l’acteur et bénéficiaire de la chose est le citoyen.

Il est vrai que plongée dans un contexte plus (trop?) large, la recette n’a pas pris.

Et c’est là que nous nous trouvons.

D’un côté, l’espoir entretenu de pouvoir faire émerger une logique citoyenne au niveau local et de l’autre une incapacité proportionnelle à s’opposer à une politique technocratique dont les fondements ne tiennent aucun compte de la dimension citoyenne.

D’une part un peuple, limité en nombre et territorialement, pour pouvoir assurer le minimum de cohésion assurant un projet et, d’autre part, une machine dont on peut se demander si il y a encore un homme à la manœuvre, qui ne se soucie en rien d’une référence à un peuple (une population, une nation, un état) et qui n’agit que pour la prolifération de valeurs devenues de plus en plus virtuelles qui s’auto alimentent et qui ne tient en rien compte de l’individu.

Quadrature du cercle donc.

Sauf, ….

Sauf si nous faisons l’exercice de, justement, ne pas lier les deux.

Sauf si nous développions ce projet citoyen au niveau le plus proche des gens, sans tenir compte de son extension. Nous garantirions alors le succès de cette embellie en en acceptant les limites.

Et, parallèlement, si nous combattions la «machine».

La grosse différence réside dans l’analyse et le positionnement politique. Si, au niveau local, nous nous déterminions clairement en termes de gauche (dans l’acception de Lordon), au niveau européen, le débat pourrait avoir une autre forme.

Si nous nous souvenons bien, le succès relatif et temporaire de la réalisation du socialisme réel n’a pu se décréter que parce qu’il y avait «colonisation» politique. La révolution soviétique ne pouvait se limiter à la Russie où elle est née et il était donc impératif d’occuper les zones voisines. L’internationalisme n’était pas une option politique mais une nécessité pour assurer la survie du modèle.

Comme cette logique n’est plus possible actuellement, vu, entre autres, la mondialisation, nous ne pouvons que recréer des phalanstères, des autonomies économiques et politiques sans prétention d’extension, mais avec une volonté de s’arcbouter sur ce qui est acquis.

Au niveau européen, donc, nos alliés à terme ne sont pas nécessairement d’autres forces de gauche. La logique n’est pas le partage de bien-être, n’est pas une valeur positive. Au niveau supranational, il s’agit de mobiliser les rancœurs. Qu’elles soient de gauche ou de droite. Le système a généré tellement de scories, tellement d’injustices, tellement de non-droits, que même les plus fervents opposants à un développement socialiste ne peuvent plus soutenir réellement la logique globale qui justifie l’austérité pour tous au profit de la liberté sans partage et sans nuance, pour quelques uns. Il arrivera un moment ou même les ultra-libéraux ne pourront plus, ni justifier, ni même accepter un système qui va les broyer comme les autres.

Ce sont donc deux combats distincts qu’il faut mener.

L’un, humaniste, positif, socialiste, de gauche, à usage limité, au bénéfice d’un groupe restreint. Et qui peut se multiplier à l’envi dans toutes les entités qui en feront le choix.

Et un autre, général, globalisant, négatif, économique, vis-à-vis d’un système mortifère parce qu’il tue toute initiative même purement individuelle et égoïste.

Cela nous permet de redéfinir un discours à usage local (avec des développements alternatifs comme les monnaies locales, les système de trocs, d’équivalence de valeurs, de non productivisme, de permaculture, de reconditionnement du travail, d’allocation universelle, …) qui apporte des bienfaits, des plaisirs, des conforts nouveaux. Et notre rôle se justifie donc dans le partage de ces nouveaux conforts qui en remplaceront d’autres auxquels le capitalisme a donné des vertus bien peu vertueuses. Notre bonheur passe-t-il vraiment par de l’accumulation de richesses? Notre équilibre est-il irrémédiablement lié à la haute technologie? Notre voiture est-elle réellement notre liberté? Ou sont-ce seulement des modes d’expression d’une fausse égalité qui fait croire aux petits qu’ils sont comme les grands? Qui impose aux indigents de revendiquer les avoirs des nantis? Le socialisme ce n’est pas la pauvreté pour tout le monde, c’est la richesse pour chacun! Phrase dangereuse qui nous voit espérer garer notre Porsche devant chez nous!

Le travail est ailleurs. Qui ne vise pas des comptes en banque bien pleins mais des vies bien riches.

A un niveau plus global, le défi est différent. Il ne s’agit pas de construire le bonheur mais d’empêcher qu’un rouleau compresseur ne le détruise. Et de créer d’autres solidarités, moins politiques, plus guerrières avec certains de nos ennemis de classe, devenus des alliés objectifs afin d’abattre un système qui court à sa perte et à la perte de tous ceux qui y seront impliqués.

Au niveau des entités nationales, le pouvoir politique n’existe plus: il faut se le réapproprier. Le pouvoir économique (qu’est encore le poids de l’Europe dans un marché mondial qui délocalise à tout va et qui ne vise que l’abaissement des coûts de production au risque de voir se réduire concomitamment le nombre des acheteurs potentiels?) n’existe plus non plus: il faut le réorganiser.

L’enjeu est de savoir si il y a encore des lobbies ultra-puissants qui gèrent une désorganisation favorable à leurs intérêts financiers ou si même ces lobbies ont perdu leur pouvoir sur le système qu’ils ont engendré. Si la machine ne s’est pas emballées et a déjà produit elle-même des modèles qui s’imposent (et ne sont donc plus imposés) et que même ceux qui tirent pour l’instant les bénéfices de la dérégulation ne sont plus eux-mêmes que des rouages sans conscience et sans capacité d’influer demain d’une autre façon que celle qui est produite par ce vortex.

Lorsque Isaac Asimov établit les règles permettant à la science-fiction de prendre son essor, il décrète que quelque soit le degré de développement de la technologie, la machine ne pourra jamais se retourner contre son créateur. C’est une règle littéraire avec laquelle les différents auteurs vont jouer, sans jamais la transgresser. Mais nous ne sommes pas en littérature et les scrupules qui guidaient Asimov ne sont pas nécessairement présents chez nos grands spéculateurs qui sont à l’origine des grands logiciels d’enrichissement qui tournent actuellement.

Un géant de l’informatique paie à l’année un chercheur pour déterminer le plus précisément possible à partir de quel moment la machine dépassera l’homme. On parle de l’an 2045. Sommes-nous sûrs que le pas n’est pas déjà franchi?

La solution passe alors par une seule manœuvre: débrancher la machine. C’est l’objectif.

Au niveau européen, par exemple, si tous les pays quittaient la zone euro «en abandonnant leurs prétentions à recouvrer ET à rembourser leurs dettes», le problème de la dette n’existerait plus.

Et ce au bénéfice réel de tous. Puisque, in fine, elle n’apporte des bénéfices qu’à ceux qui parviennent à l’entretenir, non pas pour récupérer les capitaux investis, mais bien pour pérenniser les intérêts qui y sont liés. Et ceux-là sont tout sauf européens ou d’une nationalité quelconque. Ceux-là ne sont peut-être plus que des machines.

L’enjeu semble là. Pas dans une logique de TINA (there is no alternative), mais en redéfinissant les possibles.

Et cela devrait être à notre portée.

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